La résilience urbaine, un défi aux formes multiples

Le concept de résilience est complexe et chargé de multiples significations, variant en fonction du champ auquel on l’associe. La résilience urbaine est, selon nous, la capacité des personnes, communautés, institutions, entreprises et systèmes au sein d’une ville à survivre et se développer malgré les bouleversements chroniques et les crises aiguës qu’ils subissent. La ville, système parmi les plus complexes qui soient, doit remplir un certain nombre de fonctions pour satisfaire aux besoins de ses habitants. Comment les assurer lorsque la structure de l’ensemble est modifiée ? 

 

Par « choc » ou « crise », on peut entendre aussi bien des changements soudains que de lentes évolutions. Une ville résiliente serait donc une ville capable de penser l’évolution, l’après aujourd’hui, le devenir. Il ne s’agit certainement pas de revenir à l’état précédent l’un des chocs possibles, qu’il soit climatique, social, économique, mais pas non plus de se contenter de « réagir », comme on l’a souvent fait, à ce qui advient ou pourrait advenir. 

Innover, chercher de nouvelles voies déconstruisant nos habituels réflexes et amenant à une autre approche du monde. Dans un système plus large que l’homme, qui nous dépasse et nous transcende, il nous faut créer du neuf pour nous adapter à l’environnement et non pas demander à l’environnement de s’adapter à nous. La résilience nous permet de penser un monde où l’homme n’est pas au centre du système. 

 

Dans cette logique, chaque personne compte. Chaque vie et expérience est unique et peut enrichir la recherche globale d’un monde meilleur. Cette ville « en recherche de résilience » serait donc une ville qui est, aussi, capable de rendre ses citoyens acteurs actifs, développant une compréhension et une appropriation des enjeux, y compris socio-techniques. Autrement dit, pour paraphraser Latour, comment la ville ré-associe les individus qui la composent avec les systèmes techniques qui la traversent. Nous entendons sans cesse, aujourd’hui, les citoyens se plaindre de leur impuissance face aux défis posés par la ville aujourd’hui, et a fortiori craindre ceux de demain. Viser la résilience urbaine implique au contraire d’offrir aux citoyens des espaces de créativité et de mise en activité pour se ré-approprier leur présent et leur futur.

Soulignons toutefois que la résilience ne peut être, en soi, un objectif suffisant. Le système capitaliste a démontré à quel point il était résilient, dans sa capacité à intégrer et s’adapter même aux éléments qui pourraient sembler aller à son encontre. Il est donc utile de coupler cette notion à celle de la vie ou de la société « souhaitable » car la question de l’équité nous importe au plus haut point. La question de fond pourrait être: Quand on pense à des actions visant à une plus grande résilience, pour qui le fait-on (ou, la contre-partie : contre qui?) et dans quel but (ou, à l’inverse: contre quoi) ? Se rendre compte des conséquences de certains choix, conscientiser ce que l’on garde et ce que l’on perd à chaque étape est important. Par ailleurs, ces différentes questions sont nécessaires pour penser la ville comme un système intégré où toutes les parties sont inter-connectées. 

Les villes ne sont en effet pas des paysages uniformes où la population serait répartie au hasard. Au contraire, l’organisation de la ville reflète et produit des disparités socio-économiques. Ainsi en est-il de la répartition – nullement effet du hasard – de la population le long des bassins versants ou en fonction de l’axe des vents. Il semble donc difficile de parler de toute une ville comme étant, uniformément, « résiliente ». Chaque quartier vivra différemment les perturbations, comme par exemple les perturbations climatiques. D’où l’importance d’une approche partant des citoyens d’un lieu précis.

Nous sommes convaincus que partir de ce que les gens vivent, c’est à dire reconnaître la crise éventuelle déjà vécue par les gens, et les accompagner dans leur exploration de dimensions plus larges est une piste porteuse de solutions nouvelles pour la société tout entière. 

La difficulté est de parvenir à éviter de se situer dans la résistance, dans une « simple » correction d’inégalités mais plutôt dans l’imaginaire d’une alternative. Quel autre fonctionnement peut-on inventer et tester, en acceptant que l’homme peut (et doit) changer son rapport au monde et à son environnement? 

Cette approche de la résilience fait donc particulièrement sens si on y intègre les différents acteurs de la ville. Si l’on imagine de travailler sur la « fabrique de la ville », il faut inclure tous les acteurs de celle-ci. Dans le cadre des projets, cela signifie que soient rassemblées toutes les personnes, institutions, associations, entreprises concernées et touchées par la question traitée. Cela signifie aussi que la recherche de type scientifique doit se mettre plus encore au service de la ville, grâce à cette co-construction notamment.

Enfin, si ce mot est beaucoup galvaudé en raison de ses multiples dimensions, ce sont précisément celles-ci qui lui apportent aussi un grand avantage. Le mot même de « résilience » peut en effet servir de guide à la pratique lorsqu’il intègre un aspect systémique (combinant à la fois des approches de type psychologique, écologiste, d’ingénierie, etc.). Mais ceci ne se révélera réellement porteur que si il y a une prise en compte de l’impératif éthique d’assurer que les bénéfices des investissements liés à cette politique de résilience sont équitablement répartis avec ceux qui souffrent le plus des conséquences de chocs ou évolutions. Au coeur du concept de résilience urbaine, nous plaçons donc la recherche de justice sociale. 

Les enjeux d'une telle démarche pour la recherche en co-création ?

Envisager le futur de la ville sous l’angle de la résilience n’est une démarche ni aisée, ni naturelle. Le déplacement qu’elle requiert impose une attention constante à l’aspect systémique et aux personnes qui, souvent, restent sur le bord du chemin de l’innovation.    

L’un des enjeux est précisément de parvenir à sauter dans l’inconnu, d’explorer de nouvelles façons de vivre ensemble, dans une ville comprise comme un écosystème complexe, de changer de façon de réfléchir les problèmes et les solutions. Pour cela, il faut : 

Une implication de toutes les personnes touchées par la question (et pas que ceux habitués à décoder le monde)

Une mobilisation du savoir de chaque individu mais aussi, des savoirs produits par chaque projets (tous contribuent à améliorer la résilience de la ville et, dans une vision systémique, on ne peut tirer un fil sans toucher aux autres) —> aspect de cocreation 

En conséquence, il importe que le centre d’appui dispose d’une vision d’ensemble des projets et ce, afin de repérer les fils possibles reliant ceux-ci pour renforcer chacun d’entre eux et la pertinence de l’action elle-même —> vision systémique

Importance de connaître l’état de l’art dans toutes ses dimensions (littérature scientifique, état des connaissances sur le terrain, actions déjà envisagées, etc.) —> aspect d’innovation

Tout au long de l’exploration, il faut pouvoir s’appuyer sur un cadre rassurant (équipe du consortium, appuis externes solides, clarté de la mission, etc.)