À propos

Tracer de nouvelles voies, les explorer et voir comment elles peuvent rendre le monde un peu plus juste et beau. Cette démarche, nous l’adoptons quotidiennement.De nos lieux, de nos points de vue, de nos histoires, nous cheminons, nous nous interrogeons et nous développons de multiples apprentissages. Nous manifestons une curiosité naturelle à l’égard de notre environnement que nous cherchons à comprendre. Nous nous confrontons à des défis – qu’ils soient de simples difficultés ou de graves menaces pesant sur notre intégrité physique – et nous cherchons à la résoudre. Nous formulons des hypothèses, prenons des risques, faisons des choix, tenons compte de probabilités, nous mesurons des conséquences, … Et nous remplissons nos sacs de découvertes plus ou moins utiles, qui font évoluer notre épopée, individuelle et collective.

Ce mouvement d’exploration, nous prenons rarement le temps de le conscientiser et de nous y attarder. Nous le vivons plus que nous le pensons. La recherche en co-création invite à ouvrir cet univers et part du principe que tout le monde peut participer à une démarche expérimentale. Pas seulement y participer mais aussi la construire, la mener et la traduire en résultats, déployés dans la société. Chaque individu peut identifier des problématiques qui l’interpellent et par rapport auxquelles il a envie de « tenter quelque chose », d’inventer, d’innover. Dans une recherche en co-création, chaque personne impliquée contribue au processus de recherche en y apportant ses compétences et son expertise de manière complémentaire. L’action Co Create permet de rassembler ces moteurs individuels dans des projets collectifs, de recherche action participative. Ce collectif permet de croiser les savoirs, d’échanger des ressources, de polliniser des points de vue, de nouer des alliances, dans l’objectif d’agir de façon concertée et renforcée. 

Le Centre d’Appui pour l’Action Co-Create a suivi l’évolution des premiers projets qui se sont lancés dans l’aventure, ancrée à Bruxelles. Au mois de mars 2019, nous sommes partis à la rencontre des porteurs de ces projets. Ils travaillent dans des communes ou des institutions régionales, dans des universités, dans des associations, des entreprises, ou se définissent comme de « simples citoyens ». Ils ont réuni leurs compétences autour de questions de recherches communes, qui les animent et les poussent à développer de nouveaux savoirs. In fine, pour faire évoluer leurs pratiques et celles de « la ville ». Ce faisant, ils se rencontrent et interagissent avec des personnes qui ne sont plus seulement des interlocuteurs mais deviennent surtout des co-inventeurs.

Comment ça se passe ? Comment vivent-il leur processus de recherche en co-création ? Qu’est-ce qu’une telle démarche vient bousculer ? Qu’amène-t-elle de différent et d’important ? Dans la vidéo qui suit, les porteurs de projet témoignent de leur « expérience de l’expérience »  

Quels enjeux pour les scientifiques ?

La recherche en co-création, également nommée ici recherche action participative ou recherche transdisciplinaire, se donne comme objectif de contribuer aux progrès scientifiques et, plus largement, aux progrès sociétaux. Ce courant de recherche, particulièrement adapté pour traiter des problématiques complexes, est aujourd’hui reconnu comme un levier pour les enjeux de durabilité et de transition de nos sociétés. De nombreux chercheurs et acteurs de terrain trouvent du sens à s’engager dans ces modes de production de connaissances, répondant de cette manière à des besoins de changement exprimés sur le terrain. Cependant, la recherche action participative est en rupture avec les modes de recherche habituellement pratiqués dans les instituts de recherche et en particulier dans les universités. 

Ceci peut parfois générer des tensions et difficultés pour les scientifiques engagées dans ce type de pratiques de recherche : les scientifiques engagés dans ce type de pratiques de recherche se heurtent souvent à de nombreuses difficultés de type : redéfinition du rôle voire de l’identité du chercheur (si tous les partenaires sont co-chercheurs, alors quel est la spécificité de mon rôle?), manque de formation aux méthodologies et enjeux épistémologiques de la recherche action participative, difficulté de trouver des financements pour ce type de projets de recherche, reconnaissance de la légitimité des connaissances produites (se voir reprocher de basculer dans une posture « militante »), difficulté de valoriser les connaissances produites, …

En septembre 2018, une journée d’étude spécifiquement dédiée à ces réflexions fut co-organisée par le Centre d’Appui de l’Action Co-Create et le LAAP de l’UCL.

Travailleurs de liens

Ces travailleurs de lien sont un terme original pour décrire une fonction essentielle dans la réalisation de la plupart des projets de l’Action Co-Create. Ils prennent en effet les coups du réel au quotidien et font face à des personnes qui ne sont pas de fait contractuellement concernées par un projet Innoviris. Les gens de peu, de la rue, du quartier, des environs, des magasins, les habitants du lieu,… jouent pourtant un rôle central. Aller sur le terrain de l’autre, créer le contact, se présenter, écouter, entendre, impliquer, maintenir dans le cercle de notre travail sont quelques éléments d’un enjeu fondamental de la co-création. Ces autres sont le pétrole sans lequel les consortiums resteraient à quai.

Le groupe des travailleurs de lien est un espace de récits d’expérience personnels à tour de rôle, un moment où l’on écrit pour dire « je » et exposer quelque chose aux autres de sa pratique concrète, d’une question que l’on pose, d’un blocage,… Chacun accepte de le partager avec les autres personnes présentes pour qu’elles puissent apporter un regard au départ de leur propre expérience, mettre du sens ensemble et permettre que chacun reparte avec un plus. 

A l’automne 2017, nous avions rencontré les projets 2016, leurs doutes, leurs besoins, leurs questions. Il nous fallait un angle de regard, une découpe, une proposition pour engager le travail de transversalité. Ne pas vouloir tout faire à la fois. Qui trop embrasse mal étreint.

En remarquant lors de premiers comités où nous avions siégé que l’expérience de terrain était complètement absente à l’écrit et jusque dans le silence même des travailleurs dédiés à cette tâche, il nous a semblé qu’il y avait quelque chose à soutenir du côté des gens et des pratiques. Avec Caroline Denis du projet REREB et Vincent Schnepf du projet WIM, nous avons élaboré le groupe des travailleurs de lien. En janvier 2018, nous avons chargé la première bobine dans le magasin. Moteur ! Action !

Le groupe des travailleurs de lien est concrètement un espace de récits d’expérience personnels à tour de rôle, un moment où l’on écrit pour dire « je » et exposer quelque chose aux autres de sa pratique, d’une question que l’on pose, d’un blocage,… Chacun accepte de le partager avec les autres personnes présentes pour qu’elles puissent apporter un regard au départ de leur propre expérience, mettre du sens ensemble et permettre que chacun reparte avec un plus.

Ces travailleurs de lien sont un terme original pour décrire une fonction essentielle dans la réalisation de la plupart des projets de l’Action Co-Create. Ils prennent en effet les coups du réel au quotidien et font face à des personnes qui ne sont pas de fait contractuellement concernées par un projet Innoviris. Les gens de peu, de la rue, du quartier, des environs, des magasins, les habitants du lieu,… jouent pourtant un rôle central. Aller sur le terrain de l’autre, créer le contact, se présenter, écouter, entendre, impliquer, maintenir dans le cercle de notre travail sont quelques éléments d’un enjeu fondamental de la co-création. Ces autres sont le pétrole sans lequel les consortiums resteraient à quai.

Ces travailleurs de lien peuvent être des coordinateurs de projet, des travailleurs de terrain, des chercheurs académiques ou non. Leur point commun est qu’ils sont au quotidien face au public de leur recherche, non pas lors de temps spécifiques comme un groupe de parole limité ou une animation ponctuelle.

Ces rencontres se sont égrenées tous les deux mois et nous avons oeuvré pour enrichir les situations problématiques présentées à tour de rôle, interroger les récits concrets pour dépasser l’anecdote, faire émerger une vision plus large de la place de ce travail, ses difficultés au sein de l’action « Co-Create. »

Arrivé à un certain point, ces récits n’ont pas suffi. Nous avons changé la bobine dans le magasin et installé un objectif grand angle sur la caméra. Cela a pris la forme d’un atelier « travailleurs de liens » de deux jours.

Deux intervenants extérieurs issus de l’éducation populaire ont offert d’une part quelques repères concrets, des outils, une manière d’agir et de se donner confiance. D’autre part, nous avons mis le doigt sur un flou entourant le travail, et notamment un flou entourant les cadres de l’action. Nous avons ensuite collaboré avec Innoviris pour relire et faire des propositions concernant ces cadres de l’action.

1. Les récits d’expérience ne sont pas des réflexions conceptuelles sur l’Action Co-create. Il n’y a pas de dissertation sur la co-création, la résilience, l’innovation, le terrain d’expérience. Il s’agit de mieux cerner l’expérience, non de faire de la philosophie.

2. Il s’agit de décrire au plus près les gestes, les réactions, les paroles, pour permettre ensuite une meilleure analyse.

3. Dans le déroulement du travail des récits, l’essentiel est d’éviter d’aller tout de suite à la solution que l’on croit juste. La première moitié du travail est concentrée sur le dépliement de la situation par la description, les points de vue, les dimensions, les contradictions, les faits et les protagonistes. 

4. L’expérience fait sens dans la durée. Chacun s’engage comme il peut mais nous défendons de créer un groupe régulier pour que, de rencontres en rencontres, des parallèles se dessinent entre les situations, les personnes.

1. L’on n’est pas seul à penser le lien au public dans son consortium mais l’on vit régulièrement des situations seul. La présence d’un groupe de pairs crée un rempart à la solitude, surtout si ces situations ne sont pas partagées et analysées plus tard en consortium.

2. Entendre les situations d’autres personnes permet de se rendre compte de difficultés partagées et finalement de dresser quelques constats. Notamment, ce que nous appelons le double sandwich :

Difficulté entre théorie d’un dossier écrit (qui place la barre haut) et la réalité = le travailleur de lien est le premier à devoir composer avec ce double cadre de référence parce qu’il se prend la réalité dans la figure.

Pouvoir subsidiant/consortium qui verbalise l’action : « c’est de la recherche, pas du social » mais qui avance que ça doit venir des gens, or le lien aux gens demande une part incompressible de relationnel, hors du cadre fonctionnel de la recherche.

3. Au sein de certains consortiums de projets Co-Create, nous avons vu apparaître dans les rapports scientifiques à côté de l’état d’avancement de jalons, de compte-rendu schématiques et de prospective de recherche, des récits d’expériences faisant plus de place au récit personnel, aux paroles des individus, aux questions concrètes de terrain, au croisement des publics donnant une résonance plus grande au croisement des savoirs.

4. L’atelier « Travailleurs de lien » a mis en lumière que tous les travailleurs ne connaissaient pas le cadre « Co-create » en étant engagé au sein de leur projet. Nous voudrions à présent proposer une charte à signer par tout engagé reconnaissant qu’il a lu le document présentant les cadres de l’action.

5. Un atelier avec Xavier Hulhoven (Innoviris) ouvert à tous ceux intéressés par le sujet au-delà des travailleurs de lien a mis en question les cadres de l’action, afin clarifier ou proposer d’améliorer ceux-ci. Un document synthétique a conclu ce travail et donne des pistes à Innoviris pour le futur.

Nous pensons relancer en septembre-octobre ces rencontres, pour peu qu’un intérêt demeure au sein des projets. Les promotions 2016 et 2017 demeurent concernées et nous ferons une information auprès des aventuriers de 2018. 

Groupes d'intervision

L’idée à l’origine des groupes d’intervision était de mettre en place un accompagnement méthodologique et réflexif des projets basé sur l’échange des expériences entre pairs. Le groupe d’intervision fonctionne selon le principe d’accompagnement mutuel. Le contexte est fortement ancré dans la pédagogie des apprentissages expérientiels. Les méthodes de travail qui découlent de cette pédagogie sont alignés avec l’esprit de la recherche en co-création : on invite l’expertise des participants en tant qu’élément constituant.

Le groupe même est la source de connaissance. Le rôle du centre d’appui est d’essayer de mettre en place les conditions de participation et de créer la possibilité que tout le monde soit en situation de mobiliser ses savoirs et que l’expérience des uns nourrisse le savoir des autres.

Suivant l’idée de l’intervision, l’agenda de travail se construit au fur et mesure selon les questions brûlantes que les projets rencontrent dans leur travail. Afin de répondre à des questions communes, vécues comme cruciales ou prioritaires par différents projets, les groupes d’intervision sont construits sur base d’une présentation d’un cas concret vécu au sein d’un projet.

Les groupes appelés « pratiques d’organisation » s’inscrivent dans une série de groupes d’intervision, menés depuis 2015. Ils ont rassemblé des personnes issues de différents projets Co-Create pour réfléchir à comment travailler mieux ensemble, au niveau de leur consortium de partenaires. Les objectifs de ce groupe étaient, non seulement, d’échanger sur les différentes pratiques à propos d’un sujet précis, mais aussi, grâce au partage des bonnes idées, de permettre à chacun d’avoir des « ingrédients » (attention, pas une recette toute faite) et des idées pour dépasser les obstacles.

Les besoins des projets émergent progressivement, au fil des rencontres et des discussions plus ou moins formelles. Comme ils sont rarement exprimés de manière explicite, il faut être à l’écoute de ce qui se joue entre les lignes et, parfois, recouper les informations. C’est ainsi qu’est né le groupe « pratiques d’organisation ». Il apparaissait assez clairement qu’échanger entre projets sur ce qui se joue au sein des consortiums eux-mêmes était vraiment nécessaire. Une sorte de « groupe d’intervision » pour échanger et construire entre pairs en somme.

Les questions posées dans le concret d’un projet, d’autres y ont été confrontés et peuvent mettre sur la table ce qu’ils ont tenté, avec succès ou non. Le centre d’appui met ensemble les projets, crée les conditions pour que quelque chose se dise et se passe.

C’est aussi un espace plus régulier, intime et informel que d’autres espaces où l’action « Co-create » vit. Il n’a pas l’ampleur d’une journée « Co-create », n’est pas réservé à une pratique spécifique comme les « travailleurs de lien », n’est pas limité à un projet,…

Un premier résultat est clairement de contribuer à renforcer le lien entre les projets d’une année et d’années différentes.

Plus globalement, les rencontres de ce groupe permettent aux porteurs de projets de se rencontrer autour de problématiques communes, d’échanger des idées et pistes, voire de les construire ensemble. Les méthodes de travail mises en place visent en effet toujours à mettre les participants en action et en relation (sous-groupes mixtes, alternance entre temps de travail individuels, en duo et grands groupes).

Au début, l’ouverture de cet espace a mené à entendre beaucoup de paroles, sentir un besoin de parler parfois peu articulé. Nous avons par touches canalisé et organisé la parole pour que les participants puissent un peu mieux tenir quelque chose en main en quittant la séance.

De l’avis des participants, la troisième rencontre du groupe, autour des objets intermédiaires, a aussi permis de :

  • Prendre de la hauteur par rapport à des pratiques qu’on n’identifie pas toujours ;

  • Avoir une approche réflexive sur des pratiques, donner du sens à ce qui est fait ;

  • Une fois l’ « étiquette » mise, cela permet de voir comment l’OI peut servir de levier au projet ;

  • Intérêt d’avoir différents projets/exemples mis en perspective ;

  • Lancer des pistes de travail par rapport à des « trous ou flous » dans les projets —> challenges à relever ;

 

La plupart de ces éléments d’évaluation nous sont revenus à propos de chacune des séances.

Ce groupe est une tentative de créer un autre type de transversalité entre les projets 2016 (et récemment 2017), sur la base de questionnements que nous ressentons vivants pour la plupart d’entre eux.

Or, s’il nous est relativement aisé de mettre le doigt sur les sujets potentiellement brûlants, l’accompagnement de la réflexion sur ceux-ci, leur « dépliage », voire leur traitement est plus complexe. Comment faire en sorte d’aider les projets à avancer et à démêler certains des fils de leur projet en évitant l’écueil du « trop général » ou du « trop précis »? Comment éviter les réponses toute faites ou les « prises de tête » collectives et stériles? Ces questions se posent lors de la conception de chaque séance et nous aident à nous aligner au mieux aux besoins et désirs des projets accompagnés.

En effet, on peut dresser un catalogue conséquent des difficultés et donc chacun risque de venir avec son urgence, son sujet du jour. Notre rôle est ainsi d’arriver à tracer une main courante pour que chacun y trouve quelque chose sans en faire un espace « Co-create anonyme » où tout le monde parle mais où l’on ne s’écoute pas.

Les rencontres de ce groupe vont se poursuivre, à la manière dont nous avons procédé jusqu’à présent : choix d’un thème en fonction de ce qui vibre au sein de certains projets, échange préalable avec ceux qui le vivent de la façon la plus forte pour réfléchir à une méthode et une animation pertinente, invitation large pour que chacun, en fonction de son agenda et de son intérêt, puisse ou non s’investir.
Nous envisageons également que quelqu’un vienne avec un objet prétexte concret, dans une préparation avec le centre d’appui (dans l’esprit des échanges de pratiques de la journée « Co-create » 2). Un projet aurait donc travaillé et cela peut aider les autres à se positionner et s’engager aussi par la suite.