À PROPOS

L’ action Co-Create soutient des projets de recherche en co-création pour explorer des solutions innovantes aux défis qui se posent à la ville. Tous les acteurs concernés (citoyens, administrations publiques, entreprises, associations, institutions académiques) participent au processus de co-recherche, de la définition des questions de recherche à la valorisation des résultats. Quant aux phases expérimentales, c’est Bruxelles, les rues, les quartiers, les parcs qui font office de laboratoire.

En 2015, Innoviris a inauguré sa nouvelle action Co-Create en la consacrant à la thématique des systèmes alimentaires durables. En 2016, sur base de cette première expérience, Innoviris a décidé de créer une action récurrente non plus sur une thématique spécifique mais en structurant l’action autour de trois piliers qui sont :

  • La recherche en co-création ;
  • L'innovation centrée sur les besoins humains ;
  • La résilience de Bruxelles.

L’Action Co-Create est adressée aux entreprises, aux organismes de recherche et au secteur non-marchand qui assure également la représentation et l’inclusion des citoyens bruxellois.

Pour plus d’informations sur l’Action Co-Create : www.cocreate.brussels

Une action Co-Create incarnée et plurielle

Au CACOC, nous sommes témoins de l’expérience des projets de recherche en co-création. “Expérience” – “Projets” – “Recherche” – “co-création” : ces mots font à la fois référence au vécu, au réel mais ils peuvent aussi se perdre dans un langage abstrait, technique, distant.

La langue des dossiers introduits dans l’appel à projets Co-Create n’est pas toujours accessible à tous et à toutes, mêlant un grand désir d’inclusivité avec une difficulté à traduire cela concrètement. Finalement, la recherche concerne-t-elle la ville et ses habitants ? Qui sont ces “acteurs” et “citoyens” qui vivent des réalités communes et oeuvrent dans des territoires partagés?

Comment prendre soin de l’humain et rendre justice au réel ? Comment s’assurer qu’une pluralité de regards et de points de vue co-existent et participent à l’aventure de la recherche en co-création ?

Nous avons voulu cheminer de ce côté-là.

C’est tout d’abord, depuis l’appel 2018, l’apparition dans les dossiers de candidature d’une question à propos du point de vue du citoyen : « Qu’est-ce qu’il en pense, lui, de la proposition de recherche ? » Donnons-lui donc la parole, que l’on sente ses doutes et ses idées !

C’est ensuite, après la remise des dossiers et en phase de sélection, la création d’un jury populaire : expérience de regards sur la ville pour une poignée d’habitants, remise d’avis motivés aux côtés des experts classiques.

Ce sont enfin les ambassadeurs, groupe informel d’acteurs de terrain reconnus à Bruxelles : échange de regards, invitation à toucher d’autres publics, relais vers ceux qui pourraient tirer parti d’une telle action demain, dans leur travail, leurs questions, leur vie.

JURY POPULAIRE

Trop lourd. Oui, ça m’est arrivé plusieurs fois. Je m’en allais et je revenais, alors. C’étaient les montagnes russes. « Dans quoi je me suis engagée ? » J’en ai parlé une fois ou l’autre. 
Quand on expliquait, on allait voir, il y a des moments oui, il y a des moments non. Il y a des moments où je me suis effondrée. Je me dis « Ce n’est pas possible. » Et après, « Ce n’était que ça. » Mais ensuite, « Oui, c’était quand même ça. »

Annette Baussart – Jurée populaire

Qui prend une place dans l’action « Co Create », et de quelle façon, à quel instant, avec quelle finalité ? C’est avec cet œil-là que nous avons proposé de donner une plus grande place aux Bruxellois profanes lors de la phase de sélection des nouveaux projets, c’est-à-dire à des personnes pour qui « Co-Create », Innoviris ou la résilience ne sont pas à l’origine des mots connus, mais qui partagent un questionnement sur le devenir de leur ville, et prêts à y réfléchir, consacrer du temps, aussi, jouer un rôle.

Nous avons fait une proposition à Innoviris, appelée « Jury populaire » et nous sommes passés à l’acte.

10 Bruxellois et Bruxelloises de divers horizons ont été rassemblés pour préparer la session de jury de sélection 2018 de l’action « Co-Create. » Sur le principe « un homme, une voix », il était garanti qu’au bout du processus, ils siégeraient aux côtés des experts pour remettre un avis de poids identique sur les projets présentés. Nous voulions également ouvrir un nouveau canal pour permettre aux projets-candidats de s’exprimer autrement sur leur proposition.     

  1. Les personnes ont été choisies sans critère spécifique, si ce n’est de ne pas être liées directement à l’action ou aux projets eux-mêmes. Il s’agit de personnes profanes, que nous appelons habitants plutôt que citoyens, pour privilégier le sens étymologique d’« occuper souvent » la ville, plutôt que la dimension morale qualitative d’appartenance à une communauté, liée au terme de citoyen.

     

  1. Devant une action fort complexe, nous avons voulu privilégier un travail ponctuel dans la durée, par ateliers en après-midi répartis sur plusieurs mois et également en variant la théorie et la pratique, via la visite de projets existants. Les inévitables difficultés rencontrées pouvaient être ainsi mieux digérées.

     

  1. Nous nous sommes appuyés sur deux effets-leviers pour nourrir l’engagement de ces jurés : le désir de rencontrer des gens, de vivre quelque chose de particulier d’une part, et d’autre part d’apprendre quelque chose de la ville, de ceux qui y réfléchissent et font des propositions. Le maintien de l’engagement s’est aussi appuyé sur deux autres dimensions : la reconnaissance d’un statut symbolique et la rémunération attachée à la participation au jury.

     

  1. Nous avons travaillé de manière collective lors des ateliers ou par duo lors de chaque jury pour éviter au maximum qu’un habitant se retrouve seul devant un dossier, les acteurs d’un projet, le jury ou Innoviris. Le poids d’une institution, d’une langue, d’un monde souvent étranger peuvent être écrasants pour un habitant profane. Dans le même esprit, la grande disponibilité du centre d’appui devait permettre autant d’aider quand nécessaire que d’incarner le projet lui-même, offrant de la chair et de la sécurité à chacun.

     

  1. Chaque juré a siégé pour deux projets-candidats, permettant de comparer éventuellement des éléments entre les deux dossiers, de prendre du recul également. C’était une demande minimale de Innoviris. Nous avons choisi, en accord avec la plupart des habitants, de limiter ce nombre à deux, vu l’ampleur de la tâche. Deux personnes ont siégé une troisième fois, car le nombre de dossiers était impair.

     

  1. Pour offrir un complément à des dossiers écrits fort centraux, nous avons privilégié une rencontre spécifique de plusieurs heures entre les duos de jurés et chaque projet-candidat, permettant de saisir les propositions plus directement, autour d’échanges plus informels laissant la place à toutes les questions, et tout simplement dans un échange oral plus accessible à tout le monde.

     

  1. Il s’agissait de ne pas mettre en avant simplement la figure morale de « l’habitant profane » (« plus c’est citoyen, plus c’est bien », entend-on dans l’air du temps) mais de lui faire entendre sa responsabilité, le travail nécessaire, et de lui donner un pouvoir distinctif face aux autres membres du jury. Ce ne sont plus en définitive de simples Bruxellois qui se sont assis à la table des jurys, bien que ce sont de simples Bruxellois qui se sont au départ engagés.  
  1. Le sentiment pour les jurés d’avoir joué un rôle dans la politique de la ville, autour d’enjeux centraux qui ne sont pas toujours connus au quotidien. C’est donc un enrichissement de contenu et aussi le plaisir de rencontrer des projets qui veulent se mettre positivement au travail avec des idées nouvelles à explorer.
  1. Un apport spécifique lors des jurys, fondé sur les rencontres de terrain offrant des informations et un ressenti in situ aux autres jurés et à Innoviris. Un apport pour les jurés populaires d’entendre d’autres points de vue enrichir leur propre perception. Chacun a pu apprendre quelque chose lors de ces jurys.
  1. Une problématique de légitimité amenant un doute chez certains : « suis-je la bonne personne pour remettre un avis ? », pouvant varier selon chaque psychologie, si les dossiers étaient lus ou pas (il n’y avait pas d’obligation à ce niveau), face à des jurés experts parfois sûrs d’eux et démonstratifs, parce que l’on n’a pas toujours un avis à propos de chaque critère, parce que les enjeux sont conséquents pour les candidats, parce que leur position dans la société les place plutôt du côté du jugé que du juge habituellement, parce que les ordres de grandeur financiers sont importants…
  1. Le sentiment souvent d’avoir relevé un défi de taille à titre personnel, la satisfaction d’être arrivé au bout – une seule personne a abandonné en cours de route. Le sentiment d’être reconnu par Innoviris, les autres jurés, et, en général, par les projets-candidats.   
  1. La difficulté de cerner l’action et ses diverses composantes, à l’image de tous les acteurs impliqués dans celle-ci. C’est la dimension « recherche » qui est la moins assurée, les jurés reconnaissent devoir rester vigilant pour ne pas entendre que l’aspect d’action innovante participative d’une proposition.

Nous continuons ce dispositif pour la promotion 2019, avec d’autres Bruxellois. Ce type d’expérience constitue aussi un apport pour le centre d’appui dans sa réflexion concernant la place des publics dans les projets

AMBASSADEURS

La notion d’ambassadeur est née de la volonté de prendre rendez-vous avec la ville, inviter d’autres acteurs non-inscrits dans l’action à réfléchir avec nous à mieux articuler celle-ci à Bruxelles. Nous pensions à l’origine tenter de dégager des enjeux bruxellois et de voir si les projets au sein de l’action « Co-create » résonnaient de ces enjeux. Nous avons revu nos ambitions à la baisse, ensuite.

Fondamentalement, nous désirions avant tout un regard extérieur sur cette action et considérer celle-ci aussi comme une action de contenu, non seulement comme un ensemble de processus méthodologiques de recherche en co-création.

Nous avons pu consacrer à ce travail trois réunions avec des personnes présentes à titre gracieux. Le choix de celles-ci n’avait pas la volonté de balayer tous les domaines, mais de poser quelques regards subjectifs.

Nous les citons pour les saluer ici : Astrid Boulet (psychologue en hôpital), Rachida El Haddad (travailleuse sociale communautaire), Pierre Vanderstraeten (architecte urbaniste), Jean-Baptiste Vallet (directeur d’une organisation jeunesse), Thomas Lemaigre (chercheur indépendant), Mark Trullemans (consultant), Edith Bauwens (architecte, réseau Habitat), Petra Pferdmenges (architecte).

En posant la question de leur vision de Bruxelles dans 20 ans, entre les extrêmes des rêves et des cauchemars, elles ont isolé quelques secteurs-clés à mi-chemin entre leurs convictions personnelles et leurs domaines de compétences.

De ces secteurs-clés, nous avons pu lister un ensemble de contacts qui peuvent améliorer la communication à l’avenir auprès des acteurs bruxellois, qui ne connaissent pas l’action mais pourraient y voir une opportunité.

  1. La volonté d’aboutir à un résultat concret qui puisse être valorisé, et non de proposer un club de discussion, taillant le gras ensemble de manière agréable mais sans finalité.
  2. Moins un choix qu’une contrainte, ne réaliser que trois rencontres car nous n’avions pas de budget pour ce faire, et un temps disponible mesuré.
  3. Faire une proposition inhabituelle à nos invités pour susciter le désir de ces acteurs, à la fois de se rencontrer et de nous rencontrer. Il y a beaucoup de paroles, à Bruxelles comme ailleurs, mais y-a-t-il tellement d’espace de croisement de paroles ?
  4. Xavier Hulhoven (responsable de l’action Co-Create – Innoviris) est arrivé en bout de parcours pour entendre le processus et les résultats de la bouche de deux ambassadeurs, afin que le travail et les paroles soient menés librement, en regard de l’action.
  5. Nous n’avons pas été exhaustifs quant aux domaines abordés. Ceux qui ont émergé finalement sont : la santé, le territoire, l’éducation, la communauté, l’emploi & économie. 
  1. Disposer donc d’un listing de personnes-pivots, de personnalités dans divers domaines et d’espaces de paroles susceptibles d’aider à mieux diffuser l’action à Bruxelles.
  2. Dégager diverses modalités de communication, et notamment l’idée d’un travail fin d’écoute auprès d’acteurs du système situés en des points de désinstitutionnalisation, et qui se retrouvent à « bricoler » pour tenir. Ce sont des acteurs pris dans des urgences, méfiants des institutions externes mais qui, avec un travail empathique, recèlent des pistes de recherches-actions partagées. Nous pensons e.a. au domaine de la santé, où la politique se fait à flux tendus, et où la capacité d’innovation autre que technique est difficile.

Nous avons prévu une date à déterminer rassemblant Xavier Hulhoven (Innoviris) et diverses personnes désireuses de prendre connaissance de l’action, invitées par certains ambassadeurs de notre groupe dans une volonté réciproque de compréhension : qu’est-ce que c’est l’action « Co-Create » ? Qu’est-ce que les gens en comprennent ou pas ? Qu’est-ce que eux comprennent de nous ? Il s’agit d’un ouvrage à remettre sans cesse sur le métier à Bruxelles : se parler, se comprendre.

Au-delà de cette date, cette démarche demeure actuellement entre parenthèses, pour une question de moyens disponibles.